Carmes Déchaux - Fribourg

Frère François Margeat

Né troisième de quatre enfants dans une famille de tradition catholique, je n’étais pas particulièrement pieux. Pourtant, il me semble que le Seigneur m’a appelé vers l’âge de sept ans, à l’époque où je savais lire. Longtemps j’ai vécu sous le régime de l’obligation. Maman me disait qu’il fallait aller à la messe. Je reconnais que j’aimais écouter les sermons lors de la grand-messe où participaient les enfants du catéchisme. Si aller à la messe représentait pour moi un réel effort, j’étais content d’y avoir participé. Cependant, la main du Seigneur me guidait à mon insu. Est-ce un hasard si une des images que j’avais choisies pour ma profession de foi portait cette citation du psaume 41:

«Comme le cerf altéré soupire après la fontaine des eaux, ainsi mon âme soupire vers Toi, Seigneur.»

Durant mon adolescence, le Seigneur s’est rappelé à mon attention plusieurs fois, la Vierge Marie aussi. C’était le temps des occasions manquées… jusqu’à arriver au bord du gouffre.

Mon éveil à une relation vivante avec Jésus s’est fait par des rencontres successives. Ce fut d’abord, en classe préparatoire, un camarade protestant qui n’avait pas de respect humain. On savait qu’il lisait la Bible. Son témoignage m’a incité à reprendre celle qu’on m’avait offerte à l’âge de douze ans. À cette époque venait de paraître la traduction œcuménique de la lettre de saint Paul aux Romains. Je la lisais avec intérêt, sans me rendre compte que je commençais par le texte le plus difficile. À vingt, en aumônerie étudiante, je me suis posé la question: «Si le Seigneur t’appelait à être prêtre, comment réagirais-tu?» J’étais tout disposé à aller à la messe chaque jour. Nous étions à la veille de mai 68. Les sciences humaines remettaient radicalement en question la foi. Je cherchais des réponses. En fait, il aurait fallu m’arracher à mon confort, à ma tranquillité… C’était une mort à soi-même à laquelle je ne pouvais me résoudre.

L’adoration eucharistique pratiquée avec les jeunes qui fréquentaient la Basilique du Sacré-Cœur à Montmartre m’ouvrit à Dieu, à moi-même et aux autres. Jésus vivant dans le Saint-Sacrement devenait le centre de ma vie, pour ne pas dire ma raison de vivre. Les jeunes que je fréquentais étaient dévorés par la flamme de l’apostolat. Cette flamme n’a jamais cessé de brûler dans mon cœur. Dans ce climat de grande ferveur, je retrouvais ma vocation d’enfant, sans penser particulièrement à la vie religieuse. J’étais certain que ma vocation n’était pas un feu de paille. Mais où me diriger pour répondre à l’appel du Seigneur? Une collègue de travail me fit connaître les Carmes. Je n’y aurais pas pensé moi-même, mais la vie religieuse me parut un bon moyen de réaliser ma vocation de prêtre. En effet, les Carmes qui sont des contemplatifs exercent aussi un apostolat. Ce ne fut pas facile de commencer un noviciat à trente-trois ans. Mais grâce à la patience de mes formateurs, le jour anniversaire du baptême de saint Augustin, je prononçais mes vœux solennels. C’était la vigile du dimanche de la miséricorde.

Les anciens que j’ai rencontrés au Carmel m’ont transmis l’amour de l’oraison, cette forme de prière que Thérèse d’Avila, la grande réformatrice du Carmel, définit comme une relation d’amitié avec Dieu. C’est la perle précieuse de l’Évangile qui mérite tous les sacrifices. Elle est vitale pour l’Église dont elle entretient la charité. Un autre aspect du Carmel me séduisait, à savoir la vie fraternelle. Au fil des années, le contact quotidien avec les frères s’avère un bienfait inappréciable. On apprend à se connaître soi-même. On se découvre faible, pécheur. On apprend la joie du pardon donné et reçu. Chaque jour est un commencement nouveau dans cette grande aventure de la foi et de l’amour. Elle prend la forme d’une heureuse aventure si on accepte de remettre sa pauvreté dans les mains de l’Amour miséricordieux. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus m’apprend à avancer sur ce chemin de confiance et d’abandon. Avec elle, je chante les miséricordes du Seigneur.

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