Carmes déchaux - France

Jean Emmanuel de Ena

«Rien de rien, je ne regrette rrrien»: ce sont ces paroles avec l’accent inimitable de «titi parisien» d’Edith Piaf qui me reviennent spontanément en méditant sur ces trente années passées au Carmel. «Je ne regrette pas de m’être livré à l’Amour»: je lui ai tout donné et je me suis donné, Il ne m’a rien pris et j’ai tout reçu et reçu de tout! Le dernier cadeau? Un saut en parapente au-dessus de Chamonix en face du Mont-Blanc!

L’Amour et l’Amour absolu, fait homme en Jésus, ne m’a jamais déçu. Les batailles ont parfois été rudes, surtout les batailles intérieures, et elles ne sont probablement pas finies; j’en suis ressorti blessé et meurtri, mais pour rien au monde je ne renoncerai à ces plaies d’amour. C’est elles qui me permettent d’accueillir celles des autres, dont certaines terrifiantes, entendues dans l’intimité du confessionnal ou dans les longues heures d’accompagnement spirituel. C’est de ces plaies que s’écoule le baume consolateur de l’Esprit. Car face à la souffrance, il n’y a rien à faire, rien à dire. On peut seulement com-pâtir, souffrir-avec, comme Jésus lui-même. Or, ne pas souffrir seul, c’est déjà souffrir autrement.

«C’est dans ses blessures que nous sommes guéris» (Is 53,5). Je rends grâce à Dieu de m’avoir permis d’être «père» avec, je l’espère, «des entrailles de mère». Quelle joie d’assister à des enfantements, des hommes et des femmes qui naissent de nouveau par l’eau et par l’Esprit! Quelle joie de célébrer des résurrections qui font oublier les douleurs de la grossesse!

Et tout cela n’est possible que parce que je vis avec d’autres frères, en communauté, dans l’obéissance libératrice au Christ, dans le partage absolu des biens matériels et spirituels, dans la chasteté du cœur et du corps pour anticiper, par pure grâce, le Royaume de Dieu.

Non, vraiment: «rien, je ne regrette rien». J’espère que beaucoup d’autres, hommes et femmes, jeunes et vieux, découvriront l’infinie joie de tout donner et de se donner eux-mêmes pour consacrer leur vie à l’Amour de Dieu et de leurs frères et sœurs, les hommes.

«Viens mon Bien-Aimé, ma Bien-Aimée, lève-toi!» (cf. Ct 2,10; 7,12).

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«Aimer c’est tout donner».